vendredi 12 février 2010

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Le Monde de l’éducation 01.2006

Dossier - Violence à l’école : alerte mondiale





Dossier

Violence à l'école : alerte mondiale

Harcèlement, bagarres entre élèves, racket, insultes et coups envers les professeurs seront à l'ordre du jour de la troisième conférence mondiale sur la violence à l'école. Un rendez-vous organisé à Bordeaux (Gironde) par le sociologue Éric Debarbieux. L'occasion de faire un tour du monde des solutions mises en œuvre en Europe et en Amé­rique. Classes sans murs, po­liciers à demeure, ouverture de l'école aux communautés, au­tant de plans d'action évalués à l'aune de leurs résultats sur le terrain. Là où le pragmatisme anglo-saxon fait ses preuves mais montre aussi ses limites.



Il n'est pas exagéré de dire que, sans les recherches menées par Éric Debarbieux, sans l'équipe qu'il a constituée à l'université Bordeaux-II, on n'entendrait guère parler de violence à l'école. Avec La Violence à l'école, un défit mondial (1), le chercheur franchit une nouvelle étape. Lassé des querelles qui entourent son sujet d'étude, il prend la plume du polémiste pour “régler leur compte” à la fois aux politiques (de droite et de gauche) qui, c'est selon, grossissent ou nient le phénomène, et aux médias, qui font leurs choux gras de ces violences. Fati­gué des approximations, il veut en finir avec l'égarement statistique qui indexe les problèmes sur le degré de passion poli­tique que suscite le sujet. De même, Éric Debarbieux estime que la meilleure méthode de protection contre la violence scolaire consiste à “routiniser” le pro­blème. Bref, tout l'inverse de ce que nous avons vu à l'œuvre ces dernières années où les politiques publiques, d'abord enflam­mées dans la foulée de l'élection prési­dentielle, se sont éteintes jusqu'à dispa­raître du paysage éducatif...

Le Monde de l'éducation : Ce livre, écri­vez-vous dans votre préface, est celui d'un “chercheur en colère”. Pourquoi ?

Eric Debarbieux : Depuis que sont appa­rus, au début des années 1990, les phéno­mènes de violence à l'école, j'ai acquis le sentiment que nous oscillons constamment entre deux attitudes également délétères politiquement : la violence à l'école est soit surestimée - en particulier dans les périodes préélectorales -, soit sous-estimée. Soit elle fait l'objet d'une manipulation politique condamnable, soit elle est l'objet d'un déni. Entre ceux qui brandissent la violence comme un épouvantail électoral et ceux pour qui elle n'est que la résultante de l'ultralibéralisme, le chercheur que je suis vou­drait dire : « Halte ! Et si nous essayions de prendre une mesure réelle du phénomène pour agir le plus efficacement possible ? »

Votre titre, interrogatif, suggère que mettez en doute l'existence d'un phéno­mène international.

Il est incontestable que la violence à l'école est devenue un sujet de préoccupa­tion internationale depuis une quinzaine d'années. Bien que plus forte dans les démo­craties occidentales, cette inquiétude gagne les pays du Sud. Si doute il y a, il est dans l'ordre des priorités que fixent les pays. Pre­nons l'exemple du Brésil, où j'ai passé près d'un an. Une enquête, menée avec la méthode de victimation et de climat sco­laire de l'Observatoire européen de la vio­lence scolaire auprès de 12 225 élèves au Bré­sil, a permis de démontrer que la violence scolaire n'est pas un problème majeur au Brésil. Je ne dis pas bien sûr qu'elle n'existe pas. Mais le fait que les élèves n'aient classe que la moitié du temps (2) laisse mathé­matiquement moins de temps à la violence. L'existence d'un lien très fort entre la communauté et l'école protège aussi les élèves. Il n'est pas exclu non plus qu'il existe des arrangements entre les écoles et les narco-trafiquants qui permettent de faire régner une relative paix scolaire au pro­fit de ces derniers. Une chose est en tout cas certaine : au Brésil, la déscolarisation et la non-scolarisation des adolescents sont des problèmes bien plus cruciaux que la violence à l'école. Même chose aux États-Unis. La tuerie de Columbine ne doit pas trom­per : la probabilité pour un jeune âgé de 5 à 19 ans de se faire assassiner à l'école ou sur le chemin de l'école est soixante-dix fois moins grande qu'en d'autres circonstances.

Vous évoquez à plusieurs reprises l'im­portance du lien communautaire qui protégerait fortement les écoles de la vio­lence. Les pays occidentaux ont-ils, dans ce domaine, à apprendre du Sud?

Plus je progresse dans la connaissance du phénomène de violence à l'école, plus j'élargis mon champ d'expérience, plus je me rends compte à quel point le lien école-communauté - ce dernier terme pris au sens large et englobant la famille, les com­merçants, le quartier- est essentiel. L'en­quête que nous avons menée à Djibouti montre l'importance et la force du senti­ment d'appartenance à la communauté. Dans ce pays, la force de la communauté est liée à la religion et au culte musulman mais pas seulement. Les parents sont fré­quemment présents dans l'école, à la can­tine, dans la cour de récréation, dans le bureau du directeur... Ce trait, commun à nombre de pays africains, explique dans l'esprit même de nombreux interlocuteurs que nous avons rencontrés le fait que les problèmes de violence scolaire sont rares à Djibouti. Cette importance du lien entre communauté et école ne doit pas se résu­mer à un simple exotisme du Sud. C'est vrai aussi en Grande-Bretagne. Contre la violence à l'école, il n'y a pas de solution miracle mais certaines « protections de proximité» jouent: l'ouverture de l'école sur la communauté en est une.

Que sait-on aujourd'hui sur ce qui “marche” ?

Les études américaines - de loin les plus poussées sur la comparaison des stratégies de prévention - nous montrent que les pro­grammes les plus efficaces sont ceux qui combinent les actions visant les risques individuels et les facteurs environnemen­taux: compétences sociales, aide aux parents, amélioration du climat scolaire et changement du type d'implication des jeunes dans le groupe des pairs. On sait aussi que ce sont les programmes basés sur des stratégies travaillant ensemble com­pétences et comportements qui sont les plus efficaces. Un chercheur québécois a ainsi listé les “conditions” auxquelles un pro­gramme doit répondre pour être efficace...

En matière de lutte contre la violence à l'école, on progresse ou on régresse ?



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